26 avril 2018

Métamorphoses

 

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Dans "Les âges de la vie", j'ai tenté de montrer
ces métamorphoses de l'être au cours de la vie.
Il est évident que tout cela ne vaut
que si l'on a appris en cours d'existence, à mourir.

Et ces occasions nous sont données si souvent;
toutes les crises, les séparations, et les maladies,
et toutes les formes, tout, tout, tout, tout
nous invite à apprendre et à laisser derrière nous.

La mort ne nous enlèvera
que ce que nous avons voulu posséder.
Elle n'a pas de prise sur le reste.
Et c'est dans ce dépouillement progressif
que se crée une liberté immense et un espace agrandi,
exactement ce qu'on n'avait pas soupçonné.

Moi j'ai une confiance immense dans le vieillissement,
parce que je dois à cette acceptation de vieillir
une ouverture qui est insoupçonnable
quand on n'a pas l'audace d'y rentrer.

Christiane Singer

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23 avril 2018

Eveil

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Si vous vous accrochez à la nature, à ce qu’il y a de simple en elle, de petit, à quoi presque personne ne prend garde, qui, tout à coup, devient l’infiniment grand, l’incommensurable, si vous étendez votre amour à tout ce qui est, si très humblement vous cherchez à gagner en serviteur la confiance de ce qui semble misérable, alors tout vous deviendra plus facile, vous semblera plus harmonieux et, pour ainsi dire plus conciliant. Votre entendement restera peut-être en arrière, étonné: mais votre conscience la plus profonde s’éveillera et saura.

Rainer-Maria Rilke, Lettres à un jeune poète
(coll. Poésie/Gallimard, 1993) Excellente journée !"

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22 avril 2018

Nos chemins d'Emmaüs

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Combien de fois avons-nous croisé le Christ sans le voir, sans l’entendre, parce que nous avons parlé avant d’écouter ?

Relisons rapidement le merveilleux récit des pèlerins d’Emmaüs. Le Christ ne s’impose pas aux marcheurs. Il ne dit pas « réjouissez-vous, c’est moi, le Seigneur ressuscité ». Il marche avec eux, les interroge : « Quels sont donc ces propos que vous échangez en marchant ? », et eux racontent leur vie, leurs espoirs déçus, leur abattement.

Celui en qui ils avaient cru est mort sur la croix comme un malfaiteur… Là, il pourrait de nouveau dire
« regardez, c’est moi ». Mais non, il entre dans le dialogue, raconte pour eux l’Écriture. Et lorsqu’il arrive au village, ils le retiennent : « Reste avec nous, car le soir tombe… »

Et il accepte l’invitation, sous leur toit, à leur table. Le partage de la parole devient le partage du pain. Il vient enfin le happy end que nous lecteurs nous attendons, en retenant notre souffle : « Leurs yeux s’ouvrirent et ils le reconnurent… »

II n’est plus là, mais la joie demeure :
« Notre cœur n’était-il pas tout brûlant au-dedans de nous, quand il nous parlait en chemin… »

Et il n’y a plus de nuit qui compte, car pour eux, la nuit n’est plus la nuit : « À cette heure même, ils partirent et retournèrent à Jérusalem. » Et ils partagent ce qu’ils ont vu.

Remarquons que le Christ ne leur a rien demandé, ne les pas envoyés, mais ils ne peuvent pas se taire. Ils courent vers Jérusalem, la joie leur donne des ailes. Quand on les imagine ainsi, viennent les mots du prophète Isaïe qui semblent écrits pour eux : « Qu’ils sont beaux, sur les montagnes, les pieds du messager qui annonce la paix, du messager de bonnes nouvelles qui annonce le salut… »

Spontanément, dans cette histoire, nous nous identifions au Christ, nous pensons que nous devons faire comme le Christ, « cheminer » avec l’humanité, l’écouter, l’entendre. Mais il nous faut songer que nous sommes aussi les marcheurs d’Emmaüs.

Ceux que nous rencontrons sur la route ne sont peut-être pas ceux à qui nous avons quelque chose à dire, mais ceux qui, en figure du Christ, nous disent, nous révèlent ce qui est précieux, nécessaire, indispensable. Combien de fois avons-nous croisé le Christ sans le voir, sans l’entendre, parce que nous avions quelque chose à dire, parce que nous avons parlé avant d’écouter ?

Anne Soupa et Christine Pedotti,
« Les Pieds dans le bénitier », p. 217

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Le Bon Pasteur ? plus

18 avril 2018

Humanisation

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L'Homme n'est pas. L'Homme est à faire.
"Nous sommes des commencements d'homme"
nous dit saint Jacques (Jc 1,18).
Nous sommes des ébauches d'Homme.
Dieu ne crée pas l'Homme tout-fait,
Dieu a horreur du tout-fait.
Dieu crée l'Homme capable de se créer lui-même.

Notre tâche humaine est de créer l'Homme,
c'est-à-dire de faire que l'Homme soit.
Quel est celui qui oserait se lever pour dire :
moi, je suis un Homme ? ...
Il y a des choses qui sont toutes faites
mais l'Homme n'est pas une chose.
L'Homme est à faire.

Nos relations et nos institutions
doivent devenir véritablement humaines,
elles sont en cours d'humanisation.
Nous sommes en devenir,
ce sont nos décisions qui contribuent à faire
que nous soyons des Hommes.
Et nos décisions ne sont vraiment humaines
que si elles sont humanisantes.

Notre humanité passe par l'humanité des autres,
notre liberté passe par la libération des autres.
On ne devient pas tout seul un Homme libre,
On devient soi-même un Homme libre
quand on travaille à libérer ses frères.
On devient plus "Homme"
en travaillant à ce que le monde soit plus humain.

Ces décisions humanisantes,
il est rare qu'elles ne soient pas des sacrifices,
des morts à l'égoïsme,
on ne peut pas à la fois se donner et se garder pour soi.
Tout le monde sait par expérience
qu'il n'y a pas de vie humaine humanisante authentique 
sans sacrifice.

François Varillon

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17 avril 2018

Être don

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Il ne s'agit pas de se défendre contre des forces hostiles que l'on n'arrive pas à apprivoiser, il ne s'agit pas d'impuissance et d'ignorance, il s'agit de plénitude de la vie ; il s'agit de la joie infinie, il s'agit d'une liberté enfin reconnue, celle qui fait justement de notre puissance de choisir le pouvoir de nous donner, de tout donner en nous donnant.

Combien de philosophes ont peiné pour définir la liberté, pour la concilier avec déterminisme, et il n'y en a peut-être pas un qui ait compris que le sens de la liberté, c'était justement de faire de nous-même un don.

Mais un don à qui, sinon à une générosité qui s'annonce comme telle au plus profond de nous ?

Maurice Zundel,
À l'écoute du silence

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