27 août 2013

Le collecteur de mots

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C'était un collecteur de mots.

Il allait par les rues du village et devant chaque porte demandait des phrases, des images, des silences. Oui des silences car il pensait que les mots étaient posés dans le vase des silences. Il allait dans les jardins et caressaient les plantes et susurrait des secrets aux différentes fleurs. C'était un secret différent pour chacune.

Il était amoureux des ruisseaux et à chaque période de l'année il comparait leurs courants aux variations de la parole. Et parfois la sécheresse le faisait tantôt pleurer, tantôt rire aux éclats car il n'est rien qui demeure.

C'était un collecteur de mots, il avait de grands trésors, un peu partout dans la vaste poche de son pantalon-mémoire. Pourtant il ne gardait rien pour lui, il était follement épris du partage. Il partageait les plus précieux, les plus rares mais aussi les mots de tous les jours. Il ne parlait pas au nom des autres, non les autres parlaient par sa voix et se reconnaissaient.

C'était un collecteur des mots, un diseur de bonne aventure, un conteur de la vie dans la tristesse ou la joie. On pensait qu'il était un peu fou mais il avait sa place au sein du village.

Un soir il est monté dans une étoile et c'est pourquoi il est fréquent certaines nuits d'entendre tomber des mots du ciel. Des phrases, des fragments, des poèmes, des silences. Peu importe, il faut tendre l'oreille dans l'obscurité. Il y a toujours suffisamment d'espoir et de vertiges dans cette nuit des mots.

© Patrick Chemin (2011)
Extrait du livre « Les écrits dans l’arbre » - Editions Epingle à Nourrice

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10 août 2013

Petit texte tu peux t'en aller...

Petit texte tu peux t’en aller
ce soir porter ton histoire sous d’autres regards.
Dans d’autres mains.
Dans le grand havresac des histoires de chacun.
Petit poème tu peux t’en aller :
j’ai mis la lampe dans le jardin
pour tromper le génie de l’obscurité.
je ne sais quel chemin tu empruntes.
Je ne peux le savoir.
Tu iras peut-être dans le cœur vaste des Hommes
ou dans le champ des chiens de pluie.
Dans le doux oubli des mémoires de ce monde.
Tu reviendras un jour peut-être dans la voix d’une autre.
Bien longtemps après je recevrai une lettre
citant quelques vers de ce poème dont j’aurai tout oublié.
Oh je vais parler simplement :
je suis juste un passeur.
Le clavier danse d’un imaginaire à l’autre.
Je suis juste la barque du passeur vers la bienveillance de l’île.
Et dans ce lieu nous nous retrouvons,
frères et sœurs de l’humanité.
Avec humilité nous posons cette délicieuse contribution
avec des mots et de l’amour.
Et s’il faut parler plus haut que le chagrin
nous convions le silence et la compassion.
Petit texte tu peux t’envoler :
papillon de nuit dans l’éternité de l’éphémère.

© Patrick Chemin (2011)

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09 juillet 2013

Le soleil de l'été

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Il est malin, il est grand le soleil de l’été.
Il traverse sans se reposer l’immense espace vide des cieux.
Pendant les jours bleus, lumineux,
plus fort que la pluie et l’orage,
il fait pleuvoir ses rayons.

Nous avons fermé les volets de la maison
pour lui garder sa fraîcheur.
Mais lui, trouve toujours un petit trou,
une fente pour y glisser silencieusement
ses longs doigts dorés.

Il répand dans les jardins
son visage chaud, brillant de lumière.
Il glisse son regard malin
jusque sous les nœuds du lierre.

L’air décidé et l’allure vive,
 il fait le grand tour des collines.
Et, pour faire plaisir aux enfants,
fait éclater le coquelicot, la marguerite ou le bleuet.

Tout à la joie de sa ronde.
Ainsi va le grand jardinier du monde.

Jean Humenry
d’après un texte de Robert-Louis STEVENSON

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06 juillet 2013

Le premier mot

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Ne pas avoir le dernier mot.
C’est peut-être cela écrire.
Être toujours au pied du mur du premier mot.
Humble devant la tâche qui ne connaît pas de fin.
Car enfin il s’agit bien de faire pousser
un arbre dans l’invisible.
Personne ne vous demande d’écrire.
Il faut s’attribuer la concession de la mine.
Sans ne connaître jamais l’existence.
Ni la probabilité.
Ni la valeur de l’or qui viendra au jour pour être partagé.
Ecrire est imprévisible.
C’est pourquoi le premier mot
est une étoile tombée dans un ciel d’été.

© Patrick Chemin

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17 juin 2013

Parlons-yeux

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Et dès lors sans brutalité
- se jurait le petit poète -
Du bleu de ma plume secrète
A lent tempo d'Eternité,
Je désarmerai l'âpreté
De tout prêcheur qui, faux prophète,
Bouche-claironne à casse-tête
Le tocsin de sa vérité.

J'irai cueillir la transparence
En un Au-Delà de Silence
Et, pour ensoleiller nos yeux,
J'inventerai des mots Lumière
Qui diront la langue des Cieux
Au clair d'un regard en prière.

Marie-Claude Pellerin

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