21 décembre 2011

L’homme et l’enfant

Sans titre 33.jpg

 

Un homme tomba dans un trou et se fit très mal.

Un Cartésien se pencha et lui dit :
Vous n’êtes pas rationnel, vous auriez dû voir ce trou.

Un Spiritualiste le vit et dit :
Vous avez dû commettre quelque péché.
Un Scientifique calcula la profondeur du trou.
Un Journaliste l’interviewa sur ses douleurs.
Un Yogi lui dit : Ce trou est seulement dans ta tête, comme ta douleur.
Un Médecin lui lança deux comprimés d’aspirine.
Une Infirmière s’assit sur le bord et pleura avec lui.
Un Thérapeute l’incita à trouver les raisons pour lesquelles
ses parents le préparèrent à tomber dans le trou.
Une Pratiquante de la pensée positive l’exhorta :
Quand on veut, on peut !
Un Optimiste lui dit : Vous auriez pu vous casser une jambe.
Un Pessimiste ajouta : Et ça risque d’empirer.

Puis un enfant passa, et lui tendit la main...

Anonyme

 

 

Le mot d'Avent du jour :

"Les quatre bougies brûlaient lentement.
L'ambiance était tellement silencieuse
qu'on pouvait entendre leur conversation...     lire la suite

 

Voir la vidéo du jour

20 décembre 2011

Le miroir

Sans titre 31.jpg

    Jamais vous ne pourrez vous voir vous-même dans un miroir. Un miroir peut être utile à votre toilette, voire indispensable, mais ce n'est pas dans un miroir que vous trouverez la révélation de vous-même. Vous ne pouvez pas vous regarder priant dans un miroir, vous ne pouvez pas vous voir comprenant dans un miroir. Votre vie profonde, celle par laquelle vous vous transformez vous-même, c'est une vie qui s'accomplit dans un regard vers l'autre.

    Dès que le regard revient vers soi, tout l'émerveillement reflue et devient impossible. Quand on s'émerveille, c'est qu'on ne se regarde pas. Quand on prie, c'est qu'on est tourné vers un autre ; quand on aime vraiment, c'est qu'on est enraciné dans l'intimité d'un être aimé. Il est donc absolument impossible de se voir dans un miroir autrement que comme une caricature si l'on prétendait y trouver son secret.

    La vie profonde échappe à la réflexion du miroir ; elle ne peut se connaître que dans un autre et pour lui. Quand vous vous oubliez parce que vous êtes devant un paysage qui vous ravit, ou devant une oeuvre d'art qui vous coupe le souffle, ou devant une pensée qui vous illumine, ou devant un sourire d'enfant qui vous émeut, vous sentez bien que vous existez, et c'est même à ces moments-là que votre existence prend tout son relief, mais vous le sentez d'autant plus fort que justement l'événement vous détourne de vous-même. C'est parce que vous ne vous regardez pas que vous vous voyez réellement et spirituellement, en regardant l'autre et en vous perdant en lui. C'est cela le miracle de la connaissance authentique. Dans le mouvement de libération où nous sortons de nous-mêmes, où nous sommes suspendus à un autre, nous éprouvons toute la valeur et toute la puissance de notre existence...

    Dans ce regard vers l'autre, nous naissons à nous-mêmes.

M. Zundel

 

Le mot d'Avent du jour :

"Je me tiens à la porte de ton coeur, jour et nuit.
Même quand tu ne m’écoutes pas,
même quand tu doutes que ce puisse être moi,
c’est moi qui suis là...     lire la suite

 

Voir la vidéo du jour

19 décembre 2011

Accueillir notre humanité

Sans titre 28.jpg

     La prise de conscience que nous appartenons à une humanité commune, et que cette appartenance est plus fondamentale que tout autre appartenance, a changé beaucoup de mes attitudes et ma vision de l'être humain. Elle m'a aidé à me libérer de compulsions égocentriques et de blessures intérieures, m'a incité à mieux accueillir ceux qui sont différents, les « étrangers », et même ceux qui nous agressent, les « ennemis ». Passer de l'égoïsme à l'amour, de l'esclavage à la liberté, de l'enfermement sur soi à l'ouverture aux autres, c'est grandir ; c'est le chemin vers la pleine maturité humaine.

    Nous sommes tous appelés à la libération du coeur, à nous ouvrir aux autres et à découvrir ce qui fait le fond de notre être, notre humanité commune. Mais cette libération est un long cheminement, depuis l'angoisse et l'enfermement sur nous-mêmes, où nous nous sentons coupés des autres, jusqu'à un amour plénier qui nous transforme et nous permet d'aider les autres à se transformer. Ce cheminement, nous ne pouvons l'accomplir seuls. Il implique que nous appartenions, à un moment ou un autre, à un groupe ouvert qui aide chacun à vivre un dialogue harmonieux avec les autres, à l'intérieur comme à l'extérieur du groupe. [...]

    On peut s'étonner que les faibles et les exclus puissent être des maîtres en humanité, mais c'est la vérité que je découvre en vivant avec eux.

 
    Jean Vanier, Accueillir notre humanité, Ed. Presses de la Renaissance

 

Le mot d'Avent du jour :

"Heureux vous aussi qui avez entendu et qui avez cru;
car toute âme qui croit conçoit et engendre le Verbe
et le reconnaît à ses oeuvres. ...     lire la suite

 

Voir la vidéo du jour

"Toile Infinie". C'est nouveau, cela vient de paraître et c'est à découvrir ICI

 

18 décembre 2011

Cultiver la joie

Sans titre 29.jpg

Il y a bien des manières de cultiver la joie, directement et indirectement. Le jeu, par exemple ! L’enfant aime jouer ! Mais le jeu permet en outre d’intérioriser des règles, donnant à la joie une dimension publique. Pour certains divertissements, la règle n’est pas primordiale, elle n’est cependant pas absente : on ne construit pas des châteaux de sable sans tenir compte des lois du réel ! D’autres sont régulés par des codes précis et représentent un véritable apprentissage de socialisation par le plaisir. Le foot, par exemple, fait appel et à l’observance des règles et à la combativité des joueurs et à la coopération des équipes et au respect de l’adversaire.

A côté du jeu, bien d’autres activités permettent de cultiver la joie, mais aussi le sens de la gratuité et de la beauté qui réjouissent : activités de loisirs, de solidarité, d’efforts pour autrui, etc. L’éducation ne doit ni survaloriser le plaisir, ni le dévaloriser, mais lui accorder une juste place. L’écueil de l’absolutisation du plaisir laisse croire qu’un plaisir satisfait dans l’immédiat équivaut au bonheur absolu. Inversement, la dévalorisation prive l’enfant des bonnes choses de la vie. Elle aliène son désir de grandir et d’aller de l’avant. Le plaisir donne de la saveur à l’existence. Mais il n’est pas tout. Car ce que l’individu cherche, éducateur comme éduquant, c’est la joie et surtout le bonheur.

La joie est l’aliment et le fruit du désir. Elle est cadeau qui surgit quand on a réussi à faire croître l’humanité en soi-même et en autrui. Elle est nourriture qui à la fois apaise la personne et creuse davantage encore sa faim d’accomplissement de soi, sa soif de bonheur.

Le bonheur, assurément, comme l’écrit Paul Ricœur, est " une terminaison de destinée et non une terminaison de désirs singuliers ; c’est en ce sens qu’il est un tout et non une source ". En d’autres termes, il n’est pas accumulation de joies partielles, il est totalité d’accomplissement, non atteint dans l’aujourd’hui, mais néanmoins déjà présent comme ce à quoi vise tout acte humain. Il est finalité sensée indiquant tout à la fois la signification de l’existence et la direction du bonheur dans son caractère achevé. " Nul acte ne donne le bonheur, précise encore le philosophe, mais les rencontres de notre vie les plus dignes d’être appelées des " événements " indiquent la direction du bonheur. "

Les actes de la joie, selon le titre d’un ouvrage de R. Misrahi, préparent donc d’une certaine façon au bonheur, sans pouvoir néanmoins posséder celui-ci. R. Misrahi ne tient sans doute pas suffisamment compte, à mon sens, des déterminations des corps propre et social, incluant un certain non-agir. Mais il a le mérite de souligner la part active de construction de la joie. Et l’éducateur doit apprendre aux jeunes à accueillir humblement les événements heureux, à laisser place aux surprises, mais aussi à goûter la joie d’être enfant de Dieu. Il se rappellera cependant que cette possibilité de se réjouir est liée à la capacité de différer des satisfactions immédiates. Le sujet désirant ne goûtera à la joie de vivre que s’il accepte de quitter suffisamment la plénitude fusionnelle pour s’inscrire dans le champ symbolique du langage.

Enfin, si l’éducation doit cultiver la joie, l’éduquant doit aussi pouvoir découvrir qu’il donne de la joie à son éducateur, par-delà ses résultats (scolaire ou autres). Don Bosco disait que l’enfant a besoin de se savoir aimé, il a sans doute besoin aussi d’observer ou d’entendre la joie de son éducateur.

Marie-Jo Thiel, Eduquer à la Beauté, éduquer aux valeurs, Ed. don Bosco

 

Le mot d'Avent du jour :

"Dieu de tous les humains,
nous nous confions à toi,
dans un esprit de reconnaissance ...     lire la suite

 

Voir la vidéo du jour

17 décembre 2011

LE NOEL DES TAXIS.

7.jpg

Ils se regardèrent longuement ce soir là.

L'enfant va bientôt arriver, dit l'homme, nous partirons demain. Je t'accompagne jusqu'à la ville où je dois aller pour le silo à blé, tu prendras le train pour Orly.

Mariée depuis quatorze ans, elle n'avait pas été mère; il n'avait pas été père. Car c'est la femme qui fait de l'homme un père et elle n'avait pu. Un jour ils avaient décidé, tous les deux dans leur cœur, de devenir père et mère selon leur cœur :  ces petits viendraient des pays de guerre. Et les avions leur avaient donné deux enfants, l'un aux yeux bridés, l'autre aux cheveux crépus. En les prenant dans leurs bras, leurs entrailles avaient bougé. La venue du troisième enfant avait été plusieurs fois reculée : du quinze décembre la date avait été repoussée au vingt-deux et enfin au vingt-quatre dans l'après-midi.

Elle attendait cet enfant qui leur viendrait des terres du soleil levant : elle le voyait, ils le voyaient déjà très brun sur le berceau blanc qu'on avait regarni pour la troisième fois.

Le jour vint où l'avion allait descendre, lourd de ce très lourd fardeau. Dans la salle des pas perdus, elle marcha très longtemps: les avions étaient déroutés, retardés. Tant de brouillards couvraient  ce Noël de la grande ville.

L'enfant fut annoncé par tous les hauts - parleurs clamant son arrivée dans tous les horizons. La femme le sentit en elle et devient mère et la mère courut. Vérifications d'identité, mauvais guichet, mauvaises portes. Enfin l'enfant du soleil levant descendit dans ses bras, brûlant.

Mais la nuit était avancée, les routes gelées, les plans déchirés, les correspondances brouillées. Il fallait trouver une place dans la grande ville. Elle appela :

-             Taxi ! Un hôtel, vite.

L'enfant comme un petit démon aux couleurs sombres hurlait sur la banquette arrière. Il se tordait, épuisé par des heures de voyage. Le taxi, très lentement, progressait de feu en feu, au milieu des fêtards qui couraient à une nuit folle…

Le conducteur était excédé. Il stoppa près d'un hôtel illuminé encore en pleine nuit, pour ce Noël. Trouverait-on ici même place pour le petit ? Avant de descendre pour s'enquérir, l'homme se retourna.

-             Avec des hurlements comme çà, la petite dame, y a pas un hôtel qui vous prendra une nuit de fête !
-             Elle insista. Le chauffeur n'écoutait pas


Elle se fit avocate, raconta toute son histoire : ces enfants qui venaient en son foyer vide, qui descendaient du ciel… l'un de l'Asie, l'autre échappé d'un génocide en Afrique, celui-là qui venait du Proche - Orient. Le chauffeur claqua la porte avec grogne et les laissa tous deux aux pieds des marches, dans la lumière de l'hôtel.

Quelques instants plus tard, après un détour sur la bordure du boulevard, il revenait :

-             Combien avez-vous dit de kilomètres jusqu'à votre maison ? Trois cents?… Y a pas de place pour vous à l'hôtel. J'ai vu les autres taxis, on s'est arrangés. Vous avez dit trois cents ?…
L'homme s'assit, à nouveau claqua la porte, alluma une pipe et ronchonna :
-             La nuit de Noël, une histoire comme çà c'est fou ! Allez ! on vous reconduit, pour votre Noël.
-             Et de feu en feu, de carrefour en carrefour, il traversa la grande ville pour courir avec l'enfant vers la maison de celle-là qu'il emmenait et qui n'avait pas été mère, vers celui-là qui attendait et qui n'avait pas été père.

Louis de la Bouillerie "Je vous écris au pluriel"
Editions du Châlet 1976.

 

Le mot d'Avent du jour :

"Il paraît que les chrétiens se sont endormis…
Ils auraient baissés les bras…
On les comprend !
Voici tellement longtemps qu’il est venu ! ...     lire la suite

 

Voir la vidéo du jour