04 mai 2014

Un aller simple pour Emmaüs ?

 

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Quand j'ouvre mon journal, je n'ai vraiment pas le moral. On est dans un monde de cauchemar, de folie : catastrophes, guerres, des faits divers sanglants, le chômage, la crise…et j'en passe. Rien ne va plus.
Ils sont dans le même état ces deux disciples de Jésus qui ont pris un aller simple pour Emmaüs, sans espoir de retour. Ils sont sur leur radeau à la dérive, au gré du courant de leur désespoir.

Moi aussi, je me sens à la dérive : Isabelle a fait une tentative de suicide, Grégory a raté son examen, le copain de Sophie est parti sans prévenir, la mère de Matthieu a un cancer et moi-même, je ne me sens pas très bien.

Mais voilà qu'un homme est assez fou pour les rejoindre sur leur radeau. Il prend le risque de couler avec eux et d'aller nulle part. Il ne se laisse pas impressionner par les nouvelles du journal, il n'est pas accroc de la télévision. Il n'a pas besoin de cela, car la souffrance, il l'a épousée ; la mort, il l'a vaincue. Il accepte de dériver avec les deux disciples dans leurs souffrances et leur désespoir.

Il y a dans ma vie, quelques personnes qui acceptent de me tenir la main quand je m'enfonce et que j'ai peur de couler. Ils vont au fond du trou avec moi. Ils m'accompagnent même dans la mauvaise direction. Alors cet homme incroyable, qui a rejoint les deux disciples, leur fait faire une traversée dans le passé des Ecritures. Il risque une parole qui éclaire, qui réchauffe, une parole qui tient la barre et donne le cap.

Quand rien ne va plus, c'est alors qu'il est proche, tellement proche qu'ils ne le voient pas. Quand je me pose et relis ma vie, quand j'ouvre les pages de la Bible, je découvre le sens de mon histoire souffrante mais aussi ses pages glorieuses, celle du peuple de Dieu avec ses aléas. Je prends le temps de contempler mon histoire comme on prend un enfant dans ses bras.

La traversée s'achève près de l'auberge d'Emmaüs. Il ne s'impose pas, il suit son chemin. A ce moment, les deux disciples rescapés deviennent capables d'inviter au repas et au repos. Ils veulent retenir l'homme qui redonne l'espérance. En partageant leur hospitalité, ils découvrent qui il est vraiment : l'homme de la fraction du pain, l'homme du don extrême. S'il disparaît à leurs yeux, c'est pour qu'ils prennent à leur tour les commandes, c'est parce qu'il leur fait confiance.

Quand je nourris les autres avec mon témoignage, avec une parole d'encouragement, avec un service rendu, avec un peu d'humanité dans un monde de brutes, Jésus-Christ Ressuscité est présent. Quand je célèbre l'eucharistie, quand je participe à la prière commune, Jésus-Christ Ressuscité est là, au milieu de nous.

Du coup, c'est de nuit qu'ils embarquent sur le zodiac de leur folle certitude et à fond les manettes, dopés par la rencontre du Ressuscité, ils rejoignent à vive allure Jérusalem pour annoncer la Bonne nouvelle aux onze. Ils savent maintenant qu'Il est vivant à travers eux et qu'ils en sont les témoins.

Jésus-Christ, le Vivant a besoin de mon visage pour sourire aux humains de ce temps. Il a besoin de ma bouche pour donner sa parole d'avenir. Il a besoin de mes mains pour toucher l'être blessé. Il a besoin de mes pieds pour montrer la route.

Vais-je accepter de le laisser monter à bord de mon radeau et de lui donner ma vie ?

Vincent Gruber, omi

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Commentaires

merci pour tout ce que vous etes et que j'admire profondement

Écrit par : lyne | 04 mai 2014

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